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La méconnaissance générale du droit
musulman en France et de ses conséquences sur la situation des
femmes dans un pays musulman comme l’Iran m’a souvent
surprise, notamment quand des réflexion venaient des musulmans,
femmes ou hommes qui croyaient que les femmes iraniennes dans leur
majorité étaient pour le port du voile et qu’elles
avaient volontairement opté pour le port du voile ou que la
République Islamique était un paradis pour les musulmans.
Alors que nous les femmes iraniennes démocrates,
laïques et ordinaires subissons des répressions
légales qui découlent de la religion.
Durant des années, nous avons évoqué le droit
bafoué des femmes en Iran, mais notre voie n’a pas
été entendue et pas assez répandue dans les
médias.
Il a fallut que le voile envahisse la France,
l’Allemagne et d’autres pays d’Europe pour
qu’en fin les médias et les sociologues et d’autres
en parlent.
Certaines sociologues spécialisées de question
des femmes en Iran, qui se sont noyées dans le positivisme
exagéré et qui n’ont pas souhaité
démontrer la dégradation du statut de la femme sous les
lois islamiques, ont également contribué à ces
illusions en France.
Elles ont surtout mené le débat sous l’angle de
l’émancipation des femmes dans les pays musulmans!
Après 25 ans de l’instauration de la République
Islamique en Iran, ce voile islamique en Europe, me rappelle la couleur
noire répandu dans mon pays, ce rideau noire tiré sur le
corps et l’esprit des femmes par la force, ce rideau qui a
attristé l’apparence des jeunes filles et les petites
filles qui n’ont jamais choisi d’être voilées.
Ce noir a envahi la vie des femmes, a recouvert et
remplacé les habilles colorés des femmes paysannes, des
femmes Kurdes, des femmes Gachgai, des femmes du Nord et du Sud, des
femmes Bakhtiari et les femmes coquettes des villes de l’Iran.
Ce tissu imposé nous a été
présenté comme le signe du respect du corps et de
l’identité de la femme !
Notamment les femmes qui avaient farouchement contesté
la dictature du Chah, qui avaient pris le risque de manifester contre
l’armée du Chah, qui avaient fait la révolution
avec les hommes pour plus de liberté et de démocratie, se
sont vues enfermées par des règles religieuses peu
après la révolution.
A peine arrivé au pouvoir en mars 1979, le
gouvernement provisoire de la République Islamique à
interdit aux femmes de s’habiller à l'occidentale
(Tagouti) comme auparavant.
Il a demandé que les femmes ne puissent plus se
présenter au travail sans voile islamique. Le voile islamique a
été présenté comme un symbole contre la
corruption morale de la société de consommation et contre
l’impérialisme.
Un an après la révolution, alors qu’on
était en train de savourer la liberté d’expression
et l’apparition de dizaines de partis et de journaux hors
censure, les femmes non voilées ont été
insultées, attaquées, poignardées dans les rues.
Le système islamique a commencé par imposer le
voile islamique à toutes les femmes du pays, croyantes ou pas,
musulmanes, chrétiennes ou juives et mêmes laïques.
Contre la montée de l’intégrisme anti-femmes et
contre l’imposition du voile, de nombreuses manifestations ont
été organisées dans des grandes villes de
l’Iran.
Le 8 mars 79, une manifestation de grande envergure contre le
voile a rassemblé plus de 100 000 femmes employées,
universitaires, étudiantes et autres malgré le danger
d’attaque des intégristes qui régnait dans les rues
de Téhéran.
Ces femmes exprimaient leur crainte de la restriction de
toutes les libertés et de leurs droits.
Malheureusement, ses craintes étaient plus que
réelles, car plus tard, la Constitution de la République
Islamique a confirmé la primauté de la loi islamique et
de la religion musulmane sur toute autre loi.
La loi islamique considérée comme loi divine ne peut
être enfreinte par aucun citoyen.
Les femmes non conformes à la loi musulmane
étaient les premières victimes d’un système
intégriste, elles étaient interpellées,
interrogées, terrifiées et punies à toute occasion
par les équipes armées des gardiens de la
Révolution.
En 1981, le port de la tenue islamique fut déclaré
obligatoire dans les administrations et dans les ministères.
Le Conseil de la Révolution proclama que toutes les femmes ne
portant pas la tenue réglementaire pourraient être
licenciées.
Le ministère de l’éducation
détermina la couleur et le mode d’habillement des
étudiantes. Dans les petites villes de province les
lycéennes furent obligées de porter le Chadeur noir, dans
ces villes le port du voile ne suffit pas pour accéder à
l’université.
La place de la femme dans la République Islamique est
devenue secondaire, d’après la loi islamique, elle doit de
l’obéissance à son mari, à son père
et par conséquent, à son directeur.
Le droit islamique dégradant la situation des femmes les a sous
estimé à tel point que des milliers de femmes ne
pouvaient plus continuer de travailler.
Selon la loi islamique imposée en Iran, la femme devait
s’habiller en Hijab islamique et cette loi est imposée
même aux petites filles de 9 ans et à l’école
primaire.
Le Chadeur noir couvrant tout le corps des femmes est devenu
le modèle par excellence des femmes Hezbe Allah .
Par contre, toute femme ne respectant pas le hijab est
poursuivie par les Pasdaran (gardiens de la révolution) et
condamnée par les tribunaux islamiques.
Article 638 de Taazirat (alinéa 1): » les femmes
apparues en public sans hijab islamique, seront condamnées de 10
jours à 2 mois d’emprisonnement ou à cinquante
milles Rials au 500 000 Rials d’indemnité ». Code
Pénal
Par conséquent, dès la première
année de l’instauration de la République Islamique,
au sein des écoles, des universités et au travail, les
femmes étaient contraintes à porter le voile.
Elles étaient obligées à ne pas se
maquiller, à ne pas rire bruyamment , à ne pas chanter et
danser, à ne pas donner la main aux hommes ou converser avec aux.
Les actrices, les chanteuses, les danseuses ont dû quitter le
pays ou elles se sont tues pendant de longues années.
Les écoles mixtes ont disparues du paysage
éducatif et dans les universités les femmes et les hommes
ont été séparés et pendant les
premières années de l’instauration de la
République Islamique, ils n’avaient pas le droit de
s’adresser la parole.
Fréquemment on voyait le nom des filles affiché
sur les panneaux de l’ordre moral de l’université
pour avoir parlé aux garçons, pour avoir fumé une
cigarette et pour avoir manifesté un comportement non musulman.
Moi-même j’étais suspendu pour 6 mois de
l’université soupçonnée de ne pas être
croyante.
Le droit pénal islamique a rétabli le
système archaïque de la lapidation des femmes
adultères, des prostituées et infidèles.
La loi pénale considère la femme comme une
personne sous tutelle et non mature dont le témoignage
n’est pas valable pour les instances judiciaires :
« Le témoignage de deux femmes est égal à
celui d’un seul homme ».
En réalité la loi islamique méprisant la
personnalité et l’intelligence de la femme, la place sous
le commandement des hommes.
D’après le Code Civil, son mariage doit
être autorisé par son père ou son
grand-père, elle n’a pas le droit de divorcer sauf avec
l’accord de son époux et en abandonnant tous les acquis de
la vie commune.
Article 1133 du Code Civil islamique accord aussi le droit
unilatéral de divorcer à l’époux.
Jusqu’à 2003, dans le cas ou le mari acceptait
ou décidait de divorcer la garde des enfants
n’était pas accordée à la mère.
En effet, avant 2003, la mère avait la garde de son
fils uniquement jusqu’à l’âge de 2 ans et de
sa fille jusqu’à l’âge de 7 ans. (article 1169
code civil).
Il faut rappeler que la femme iranienne avait obtenu le droit
de vote en 1963 bien avant certains pays européens comme la
Suisse. Elle avait également le droit de divorcer.
Sous la République Islamique, la femme iranienne a
perdu le droit de divorce qu’elle avait obtenu à
l’époque du Chah et par contre, la polygamie et le mariage
provisoire ont été instaurés par le code civil.
D’après la loi musulmane, les hommes sont
autorisés à épouser officiellement quatre femmes
et d’épouser de nombreuses femmes en mariage provisoire.
Cependant, la situation économique,
l’évolution culturelle et les données historiques
de toute la société iranienne ne permettent pas aux
hommes de pratiquer une telle loi.
Dans la tradition culturelle de l’Iran, la polygamie est une
tradition réservée aux Mollahs et aux religieux.
Actuellement beaucoup d’hommes ont recours au mariage
provisoire pour sa facilité et pour leur désengagement
légal par rapport à la femme qui a accepté ce type
de mariage.
Il faut expliquer que le mariage provisoire appelé (SIGEH)
n’engage en aucune manière le mari à payer une
allocation alimentaire ou d’autres soins à sa femme.
Il n’est pas obligé de reconnaître
l’enfant né à l’issu de cette relation.
Il peut mettre un terme à ce mariage quand ça lui chante.
Sous la République Islamique, la femme iranienne
considérée comme une citoyen de deuxième
degré a été interdite de voyager sans autorisation
de son époux ou de son père.
Suivant l’article 1114 du Code Civil, c’est
également le mari qui entant que chef de la famille
décidera du lieu de la résidence de la famille, la femme
doit l’obéir.
Selon l’article 1117 du Code Civil, le mari peut
interdire à son épouse tout métier qu’il
considère contraire à l’intérêt
familial ou contraire à l’honneur de celui-ci ou de la
femme.
Le mariage forcé qui avait presque disparu avant la
révolution est redevenu une coutume islamique dans les villages
de l’Iran et dans des familles pauvres et de peu
d’éducation.
Depuis quelques années, la prostitution, le mariage
arrangé, le mariage provisoire sont banalisés dans un
pays musulman comme l’Iran.
Dans la Constitution de la République Islamique, la
place de la femme est au cœur du foyer familial :
»la famille est la base de la société et
le seul lieu de son développement :
La femme sortira de la situation d’objet ou
étant un moyen du travail au service de la consommation et
d’exploitation et en retrouvant le devoir respectable de la
mère, contribuera à l’éducation des hommes
Maktabi (croyants) et égales aux hommes dans les cercles de la
vie et en conséquence acceptera des responsabilités
importantes et aux yeux de l’Islam aura une valeur
considérable ».
D’après le droit musulman appliqué par le Code
Civil en Iran, l’héritage d’une fille quand elle a
un frère est égal à la moitié de
l’héritage de celui-ci.
L’avortement est prohibé par la loi
pénale et même le médecin qui effectue
l’avortement sera poursuivi et condamné à 2
à 5 ans d’emprisonnement. ( article 624 du code
pénal islamique)
Toutes ces condition et lois ont fait fuir des milliers de
femmes du pays et ont conduit des milliers d’autres à
rester au foyer, à être licenciées ou
démissionnées, ne pouvant pas accepter le traitement
inégal et de subordination à un système qui
confirme la supériorité des hommes aux femmes.
La prostitution formelle et informelle a atteint des chiffres
effrayants en Iran, le suicide des femmes, le meurtre de leurs maris
(quand la loi ne leur permet pas de divorcer ) et la dépression
sont les conséquences des lois qui ont restreint le droit des
femmes.
Toutefois, il ne faut pas confondre la situation des femmes
iraniennes à celles d’Arabie Saoudite, à celle des
femmes afghanes sous Taliban ou à celle des autres pays
musulmans; car en dehors de la loi il y a aussi la culture d’un
peuple qui rejette certains comportements et règles.
Les femmes iraniennes à l’intérieur du
pays comme à l’extérieur, n’ont jamais
cessé de combattre l’obscurantisme,
l’intégrisme et toute pensée rétrograde.
Aujourd’hui, il existe de nombreuses revues
publiées par des femmes et pour le droit des femmes en Iran, des
associations de défenses des droits des femmes ont un rôle
considérable dans le combat des femmes iraniennes pour leur
liberté.
Dans les universités iraniennes, les filles sont
majoritaires et constituent 60% des effectifs.
En Iran la femme travaille depuis des décennies,
aujourd’hui, elle accède aux postes parlementaires, au
poste de vice-président, d’ingénieur, de
médecin et de cinéaste.
La femme conduit et gère ses biens et au sein de la
famille elle décide et éduque les enfants, contrôle
le budget de la famille et occupe une place fondamentale dans la
culture perse.
Et cela grâce à la culture millénaire
d’un pays autrefois Zoroastrien (la religion avant l’islam)
où la femme pouvait diriger un pays, accéder au
trône, gérer l’armée et choisir son
partenaire. En ce temps là rien ne manquait à son
égalité aux hommes.
Azadeh.FARD
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